Les différentes
formes de psychologies scientifiques
De la même
manière que les grands philosophes proposent des systèmes
différents et contradictoires de pensée du monde,
les psychologues s'opposent et se contredisent. Un consensus néanmoins
s'est opéré autour de l'idée que le recours
aux tests et à la confirmation expérimentale est
absolument nécessaire.
L'introspectionnisme
L'introspection
est peut être le mode le plus évident de recherche
de compréhension de soi. Elle consiste en l'opération
de la conscience qui fait retour sur elle même pour mieux
se connaître. Analysant les modes de fonctionnement
de l'esprit humain, elle prétend en découvrir le
mécanisme à partir de l'interrogation sur soi. Le
moi qui interroge le moi : tel est le principe fondamental de
toute investigation introspective.
Il va sans dire que cette méthode utilisée par le
psychologue et qui consiste dans l'interrogation sur les états
intérieurs de la conscience, est sans doute celle qui est
le plus proche de l'investigation philosophique. Bon nombre de
philosophes ont réalisé leurs découvertes
ou sont venus à la philosophie parce qu'il s'interrogeaient
sur eux et sur le monde, sur la raison d'être de leur état
de conscience, sur les motivations profondes de leur action.
William James est au dix-neuvième siècle aux Etats-Unis
le grand représentant de la psychologie introspective.
Par le regard porté sur soi il prétend permettre
à l'homme de mieux comprendre la raison et le nature de
ses émotions, de ses actes ..
Son frère Henri James a donné dans ses romans une
importance considérable à cette notion de vie intérieure
et d'introspection : il est particulièrement intéressant
de ce point de vue de s'intéresser à la psychologie
et à la littérature introspectives de ces deux auteurs.
La psychologie introspective a été très critiquée
par les psychologues se réclama,nt du behaviourisme.
Le behaviourisme
Elaborée
par le psychologue anglais Watson, la psychologie behaviouriste
prétend régler un certain nombre de problèmes
posés à l'étude de l'âme en déplaçant
l'objet de la psychologie et en modifiant ses méthodes
d'investigation. Pour Watson l'objet véritable de la psychologie,
le seul qui soit corroborable empiriquement est le comportement
de l'individu et non pas son état de conscience ni ses
" états d'âme ". L'idée de conscience
n'étant qu'une chimère, un rêve de philosophe
métaphysicien, il importe de rompre avec la méthode
de réflexion introspectionniste. L'introspection conçue
comme mode d'investigation de la conscience qui fait retour sur
soi pour mieux se comprendre, n'est qu'un outil inadéquat
de recherche en matière psychologique : elle perd obligatoirement
de vue les raisons qui rendent objectivement compte de notre comportement.
C'est dans les termes de stimulus (action) et de réponse
(réaction) que doit se trouver détaillé le
comportement de l'individu. A un simulus donné le sujet
réagit de manière spécifique : les questions
que le psychologue doit donc se poser sont 1 " étant
donné le stimulus x quel est la réponse y qui lui
correspond ? " et 2 " étant donnée la
réponse y quel est le stimulus x qui l'a déclenchée
? ".
Très critiquée par les psychologues de la "
forme " ainsi que par les psychanalystes, la philosophie
behavioriste a au moins le mérite d'avoir inauguré
une nouvelle méthode de recherche en psychologie
Elle est à sa manière l'ancêtre de toutes
les théories de psychologie d'entreprise qui fourmillent
aujourd'hui.
La "
gestallt theorie " ou théorie de la forme
Elaborée
en Allemagne à partir du début du vingtième
siècle par des psychologues comme Khöler, la "
gestallt " théorie se refuse à exprimer les
rapports comportementaux en terme purement extérieurs.
Pour elle les phénomènes de perception sont à
comprendre comme des totalités et il ne sert à rien
de vouloir les séparer analytiquement en terme de "
stimulus " et de " réponse à un stimulus
".
Loins d'être de simples stimuli pour nos sens et notre activité
de perception, les objets qui nous entourent sont bien plutôt
des " formes " qui émergent peu à peu
de la réalité et qui viennent ensuite s'imposer
à nos sens. Ainsi la forme de l'arbre qui se trouve
en face de moi émerge peu à peu de la réalité
et vient s'imposer à ma conscience qui focalise son attention
sur elle et finit par l'isoler des autres sujets de ma perception
(le ciel, l'herbe, les fleurs) pour penser l'image de l'arbre
comme objet spécifique.
La " gestallt theorie " a profondément influencé
la pensée du philosophe allemand Edmund Husserl qui tout
en prétendant la dépasser par la phénoménologie
a repris en les inversant l'essentiel les résultats de
cette théorie psychologique.
La gestallt a également fait l'objet d'une série
d'applications dans le domaine du commerce et de la publicité,
ce que sans doute Khöler n'aurait pas beaucoup apprécié.
La psychologie
" génétique "
Contrairement
à ce que son nom indique la psychologie génétique
n'a pas pour objet de réfléchir sur le caractère
déterminant des gènes dans la formation de la pensée
d'un individu donné. Ici le terme de génétique
est à entendre au sens de processus d'évolution
et de mode progressif de développement de la pensée
("génésis" en grec signifie " la
naissance ", " ce qui est en devenir ").
C'est Jean Piaget qui est l'inventeur de ce qu'il convient d'appeler
la psychologie génétique. Parti de l'étude
du développement des facultés intellectuelles et
de l'apparition des concepts chez l'enfant, Piaget est parvenu
à une théorie originale de la construction de l'intelligence
(nourrie d'une série d'expériences particulièrement
convaincantes). Il a montré en effet que contrairement
à ce qu'affirment les psychologues idéalistes la
conscience n'est pas donnée comme telle au sujet dès
sa naissance mais qu'elle est le produit d'une évolution.
En opposition à ce qu'affirment les psychologues empiristes
qui ne voient dans l'esprit humain qu'une " tabula rasa ",
il a mis en évidence l'aspect déterminant de constitution
du moi dans le cadre de l'activité de représentation.
Le jeune enfant part d'une situation de confusion entre soi et
le monde où tous les objets lui apparaissent dans un espace
indifférencié puis au fur et à mesure que
son intelligence évolue, il parvient à distinguer
entre soi et le monde entre le moi et le non-moi. Ce passage d'un
système égocentré (où le moi est le
centre du système) à un système allocentré
(où n'importe quel point du système peut être
compris comme centre de référence) caractérise
le développement de l'intelligence chez l'homme et permet
l'apparition de structures de groupes plus complexes (sur lesquelles
se fondent par exemple le développement de l'intelligence
mathématique, physique..).
Particulièrement intéressante la psychologie génétique
constitue sans doute l'une des tentatives de synthèse et
de dépassement des problématiques psychologiques
et philosophiques antérieures les plus développées.
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