La psychanalyse
La psychanalyse
se présente comme une théorie dissidente de la psychologie.
Elle est " une psychologie des profondeurs de l'âme
humaine " dans la mesure où elle ne limite pas son
investigation à l'étude du phénomène
de conscience mais pousse sa recherche jusqu'aux instances qui
le surdéterminent. C'est en effet autour de la notion
d'inconscient et du rapport trouble de la conscience à
la sexualité que la psychanalyse a développé
le cur de son argumentation et réalisé l'essentiel
de ses découvertes.
Dans la mesure où elle prétend analyser non pas
seulement le moi du sujet ni simplement son comportement, elle
s'éloigne autant de l'introspectionnisme que du comportementalisme
et débouche finalement sur une théorie qui dans
un premier temps a beaucoup choqué la morale puritaine.
Son statut de science autonome n'a été obtenu qu'après
de longues années d'effort et Freud lui-même (le
père de la psychanalyse) a du faire face à des accusations
nombreuses concernant la rigueur, la cohérence et la moralité
de son enseignement. Ces accusations venaient du reste aussi bien
des philosophes et des psychologues que des hommes de religion.
L'immense progrès que représente la psychanalyse
tant du point de vue de la connaissance de l'esprit humain que
du point de vue thérapeutique du traitement des névroses
ne saurait cependant être remis en cause. La fécondité
de ses hypothèses exportées dans les domaines de
la religion, de la société et de la culture manifeste
également la puissance de son paradigme explicatif ainsi
que son grand pouvoir critique.
Les différentes formes de psychanalyse
La psychanalyse
et le complexe d'dipe
Sigmund Freud
est sans conteste possible le père de la psychanalyse.
C'est lui qui a inventé ce terme pour décrire son
activité activité de recherche dans le domaine des
profondeurs de la conscience. C'est lui qui a créé
les concepts d'inconscient, de préconscient, de libido,
d'acte manqué,de refoulement, de retour du refoulé
ou névrose, de complexe d'oedipe, de résistance,
de sens manifeste du rêve, de sens latent du rêve,
de sublimation
Sans l'audace et le sérieux de sa
réflexion toujours fondée sur un nombre impressionnant
de cas cliniques, jamais la psychanalyse n'aurait pu se développer
comme elle l'a fait.
En postulant l'existence d'une entité sous-jacente à
la conscience (l'inconscient), il a ouvert la voie à un
domaine inexploré de la pensée. Dans son Introduction
à la psychanalyse, ouvrage lisible par tous, il expose
l'essentiel de sa théorie et montre que derrière
l'apparente lisibilité de nos actes et de nos rêves
une instance déterminante agit, l'inconscient, emplie de
l'ensemble des désirs que notre conscience a refoulés.
Cette instance se manifeste de manière détournée
à travers certains symboles de nos rêves et à
travers nos névroses : c'est en prenant conscience de l'ensemble
de ces déterminations inconscientes que nous pouvons peut-être
parvenir à mettre un terme à nos troubles névrotiques.
Le travail du psychanalyste consistant à nous aider à
mieux comprendre quels désirs nous avons refoulés
afin de nous permettre de nous accepter nous-mêmes.
L'enseignement de Freud a profondément marqué l'histoire
de la psychanalyse. Sans lui ni Adler ni Jung ni Reich ne seraient
parvenus à développer leurs propres théories.
La psychanalyse et le complexe d'infériorité
Souvent Adler
est considéré comme un psychologue plutôt
que comme un psychanalyste. Pourtant et dans la mesure ou il s'oppose
clairement à la pensée de Freud, il demeure difficile
de ne pas le considérer comme un psychanalyste à
part entière (d'autant qu'il a sa propre conception de
l'inconscient).
Créateurs de nombreux concepts comme le sentiment d'infériorité,
le sentiment de communauté humaine, le style de vie , la
ligne de conduite, le complexe d'infériorité, Adler
a élaboré une théorie toute aussi construite
que celle de Freud. Pour lui ce n'est pas le complexe d'oedipe
(volonté de tuer le père et de faire l'amour à
la mère) qui est cause de la névrose mais la relation
que l'on entretient dans la petite enfance à ce que Adler
nomme le sentiment d'infériorité. Si le sentiment
d'infériorité se trouve trop développé
chez un jeune enfant au détriment du sentiment de communauté
humaine, les conditions se trouvent mises en place de développement
d'un style de vie " pessimiste ",égoïste
qui amène bientôt l'individu à développer
un comportement pathogène.
C'est donc le complexe d'infériorité qui est déterminant
dans la petite enfance et non nécessairement le complexe
d'oedipe comme le croyait Freud. Adler a écrit de nombreux
livres sur la psychopédagogie (parmi lesquels se trouvent
l'Enfant gâté et l'Ecole et la Psychologie individuelle
comparée) : tout parent responsable devrait au moins avoir
lu un de ses ouvrages.
La psychanalyse
de masse et la théorie de l'orgasme
Si Freud et
Adler se sont intéressés exclusivement aux classes
sociales supérieures ainsi qu'aux questions relatives aux
individus, Willem Reich a pour sa part porté son intérêt
sur les classes laborieuses et sur les phénomènes
de névrose de masse. Disciple dissident de Freud, Reich
élabore une théorie originale de la névrose
: pour lui c'est l'impossibilité de jouir pendant l'acte
sexuel qui est cause des troubles du comportement. L'individu
ne parvenant pas à réaliser la fonction orgasmique
ou fonction de l'orgasme produit un résidu qui va servir
à alimenter la névrose (ce résidu Reich le
nomme la stase sexuelle). C'est donc autour de la question
du plaisir que se joue la théorie reichienne de la psychanalyse
plus que dans l'acceptation hypothétique des problèmes
individuels. Pour guérir le patient doit se libérer
des contraintes morales qu'il a intériorisées et
réaliser la fonction de l'orgasme.
Loin d'être ridicule la théorie de la " stase
sexuelle débouche sur une conception psychosociologique
originale. Puisqu'il identifie la répression sexuelle générée
par la société comme l'élément déterminant
de la création de la névrose, Reich aboutit à
une conception révolutionnaire dans le domaine politique.
Membre actif du parti communiste allemand pendant l'entre deux
guerre, il prend position contre la répression sexuelle
socialement organisée et contre la morale répressive
puritaine. Son analyse de la montée de l'hitlérisme
dans La Psychanalyse de masse du fascisme est un modèle
de réflexion psychosociologique.
Exclu de la société de psychanalyse parce que sa
pensée paraissait trop sociale, du parti communiste parce
qu'il n'était pas absolument dans la ligne, poursuivi par
les nazis, Reich a trouvé refuge en Suède d'abord
puis aux Etats unis. C'est là bas qu'il mourra emprisonné
par ce que les théories qu'il défendait semblaient
trop originales (et sans doute sa dernière théorie
de l'orgone l'était-elle) mais surtout parce que ses usines
à " orgone " et ses procédés thérapeutiques
faisaient concurrence à des lobbies très puissants
aux Etats-Unis.
Sa pensée a considérablement influencé celle
de Marcuse et constitue la première tentative de synthèse
entre le freudisme et le marxisme.
La psychanalyse
et l'inconscient collectif
Disciple de
Freud, Jung s'est néanmoins très vite distancié
de son maître pour parvenir à une théorie
érudite voire ésotérique de l'inconscient.
Pour Jung l'inconscient individuel n'est pas vierge à
la naissance , il est rempli de ce qu'il nomme des archétypes
c'est à dire des " symboles " très anciens
dont on retrouve des traces dans tous les mythes et les légendes
primitifs.
C'est dans le rapport avec ces archétypes que se joue le
développement de la névrose. C'est également
dans l'analyse et la découverte de ces archétypes
que se joue selon Jung la possibilité d'avoir une juste
compréhension des problèmes de l'individu.
Très érudite la théorie jungienne de la psychanalyse
frise parfois la surinterpréation. Il ne faut pas pour
autant la disqualifier et il demeure intéressant sur le
plan intellectuel de lire les ouvrages principaux de Jung parmi
lesquels je conseille : L'homme à la découverte
de son âme et L'interprétation des rêves.
Récapitulatif
La psychanalyse demeure un outil essentiel de réflexion
sur soi et a ouvert un champ nouveau d'investigation en matière
psychologique. Une fois que l'on a dépassé les clichés
les plus triviaux sur la théorie des profondeurs de la
psychè (du genre : le psychanalyste est un charlatan, les
psychanalysés sont des fous) on découvre en elle
un outil incomparable de réflexion sur soi et sur les autres.
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