Les
psychologies matérialistes
L'atomisme
psychologique
Les
psychologues atomistes postulent que l'âme est un corps comme
tous les autres corps qui composent le monde. En tant que tous les
corps sont composés d'atomes l'âme de l'homme ne peut
elle-même qu'être composée d'atomes. C'est en
ce sens qu'elle est matérielle.
La théorie atomiste du corps qui a trouvé dans
la philosophie d'Epicure sa plus belle illustration est clairement
opposée à toute conception religieuse et idéaliste.
Elle ne laisse aucune place aux rêves métaphysiques.
Cela explique qu'elle ait été combattue par l'Eglise
pendant plusieurs siècles au nom de la morale (et ce alors
que le détail de la psychologie matérialiste révèle
une pensée imprégnée de l'idée de la
maîtrise de soi).
Les progrès récents de la neurobiologie, de la neurochirurgie
et de la neuropathologie ont donné un poids considérable
au paradigme de la psychologie atomiste.
La psychologie
mécaniste
Dès lors que les sciences physiques et mathématiques
ont pris leur véritable essor à partir du XVII ème
siècle, de nombreux philosophes ont imaginé qu'il
était possible de décrire tout le système
de nos idées, de nos perceptions, à partir de l'idée
de causalité. Beaucoup ont cherché dès
lors à décrire le système de nos facultés
dans des termes proches de la physique des chocs inaugurée
par Descartes et par Galilée. Pour eux il est devenu
évident que les rapports institués entre nos idées
et les phénomènes extérieurs ne pouvaient
plus s'expliquer qu'en terme de mouvements corpusculaires et que
ces mouvements étaient la base de tous les phénomènes
psychiques. C'est ainsi par exemple que Hobbes décrit le
phénomène des perceptions de couleur dans ses Eléments
de loi naturelle. On retrouve également la même
idée exprimée de manière quelque peu différente
dans la deuxième et la troisième partie de l'Ethique
de Spinoza.
Très combattue par l'Eglise et les philosophes scolastiques
qui ont vu en elle un obstacle à l'affirmation du dogme
religieux concernant l'immortalité de l'âme, la théorie
mécaniste est à l'origine des conceptions réductionnistes
actuelles en matière de psychologie ( grâce au mécanisme
en effet l'âme est devenue un élément de la
nature pouvant faire l'objet d'une investigation physique).
Il est intéressant de ce point de vue de constater que
ce n'est pas Descartes (philosophe mécaniste par excellence)
qui a donné ses lettres de noblesse à la psychologie
mécaniste mais que ce sont des philosophes dissidents par
rapport à sa pensée qui ont franchi le pas.
Descartes est, pour sa part, resté fidèle au dualisme
psychologique ainsi qu'à l'enseignement de la religion
concernant les questions relatives à l'âme
La psychologie
empiriste, sensualiste ou associationniste
L'associationnisme
est en psychologie la théorie qui prétend que les
idées que nous avons dans notre esprit viennent des sens,
de leur combinaison ainsi que de la répétition des
expériences et des observations que nous faisons. Ainsi
l'idée de bleu vient de l'observation de la couleur bleue
dans le domaine de l'expérience, celle du bleu - ciel de
l'association entre la couleur bleu et le ciel que nous avons
au-dessus de nos têtes. Dans le cas de la couleur c'est
par l'intermédiaire du sens de la vue que l'idée
du bleu s'imprime en notre esprit qui est comme une " tabula
rasa " une table rase selon l'expérience du philosophe
anglais John Locke. Vierge à l'origine, notre esprit voit
son contenu se constituer à partir des multiples expériences
(tactiles , visuelles, sonores, gustatives) que nos sens nous
permettent de réaliser.
La
psychologie associationniste a joué et joue encore un grand
rôle dans le développement de la psychologie comme
science. Elle a été discutée pendant
tout le vingtième siècle par tous les grands philosophes
(Bergson, Merleau-Ponty, Sartre) et peut être considérée
comme l'ancêtre de la psychologie expérimentale.
Elle est encore aujourd'hui très appréciée
dans tout le monde anglo-saxon.
La psychologie marxiste
Marx ne s'est
pas intéressé seulement à l'économie
politique, il a également posé les bases d'une conception
concrète de la psychologie. Pour lui "c'est la vie
qui détermine la conscience" et non pas "la conscience
qui détermine la vie" : la psychologie d'un individu
s'explique avant tout par ses conditions d'existence. Ainsi les
personnes différent par leur caractère parce qu'elles
n'ont pas les mêmes intérêts et à chaque
classe sociale déterminée correspond une conscience
de classe spécifique. Le bourgeois, l'aristocrate et le
prolétaire ne peuvent avoir la même conscience du
monde et des problèmes qui les entourent parce qu'ils n'ont
pas les mêmes intérêts à défendre.
Leurs psychologies diffèrent considérablement et
ne se rencontrent que de manière accidentelle.
Matérialiste, la psychologie marxiste l'est au sens
où elle insiste sur le caractère déterminant
de l'organisation matérielle de la société,
de la production et du travail en général. Il
s'agit d'un matérialisme psychologique " social "
plus que " naturel " au sens où peut l'être
la neurobiologie contemporaine.
C'est dans L'Idéologie allemande que Marx et Engels
ont le plus développé ce qui apparaît bien
comme une approche économique et politique de la psychologie
et comme une compréhension matérielle du phénomène
de la conscience. Axée autour de la notion " d'idéologie
" (ensemble des idées et des valeurs véhiculées
par une classe et intégrées par un individu donné)
leur réflexion montre bien en quoi la pensée est
le produit de conditions matérielles déterminées.
Même si elle n'est plus aujourd'hui aussi populaire qu'elle
a pu l'être, la conception marxiste n'en demeure pas moins
valide. La fécondité de cette théorie dans
le domaine de la sociopsychologie est à cet égard
édifiante.
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