La
psychologie idéaliste

L'innéisme et la conception tripartite de l'âme
Les philosophes
idéalistes s'accordent pour voir dans l'âme humaine
, la psychè, une entité à part que l'on ne
saurait confondre avec aucun objet observable dans la nature ou
dans le monde sensible. Pour eux la vie de l'âme ne s'identifie
pas à celle du corps. Au contraire, c'est dans la prise
de distance avec la vie du corps que se réalise authentiquement
la vie de l'âme.
C'est ce qu'affirme par exemple Platon dans Le Phédon
lorsqu'il dit que " philosopher c'est apprendre à
mourir ". Il veut dire par là que la vie philosophique
(qui est avant tout une vie de l'âme en tant qu'elle est
contemplative et demeure dans le monde des Idées), ne peut
se réaliser que si l'on accepte de se détacher de
la vie du corps (c'est-à-dire de faire abstraction des
séductions de la sensibilité).
Par ailleurs Platon développe une conception très
originale de l'âme qui s'apparente aux théories que
l'on nomme en psychologie les théories innéistes.
Pour lui, en effet, les idées qu'elle contient sont inscrites
en elle et il n'y a qu'à faire un effort de mémoire
pour les redécouvrir. C'est ce que l'on nomme la "
théorie de la réminiscence ", vous la trouverez
exposée dans Le Ménon.
Enfin Platon est l'auteur d'une conception originale de l'organisation
de l'âme. Dans La République livre 4 il montre
que celle-ci se divise, en effet, en trois parties La partie supérieure
ou raison, la partie inférieure liée au désir
et la partie intermédiaire liée à la colère
et à l'action. Entre ces trois parties c'est la partie
supérieure qui doit commander aux autres : tel est le principe
de l'équilibre de l'âme et de la justice au plan
individuel.
Cette conception originale de l'âme a beaucoup influencé
Saint -Augustin qui s'en réclame dans son De la Trinité
ainsi que Leibniz qui reprend à son compte la théorie
de la réminiscence et des idées innées dans
son Discours de métaphysique.
La psychologie
hylémorphiste
Aristote est
le grand théoricien de la conception hylémorphiste
(qui affirme que toute substance est un composé de matière
et de forme). Il l'applique bien sur à sa compréhension
des rapports entre l'âme et le corps. L'âme est pour
le Stagirite le principe final qui fait se mouvoir le corps, elle
est la forme du corps au sens où elle est son principe
organisationnel fondamental. Conformément à sa conception
finaliste des éléments physiques, il pense l'âme
comme un principe final d'organisation. Sa définition de
l'âme comme "entéléchie d'un corps vivant
organisé" ne signifie rien d'autre que : "l'âme
est un principe final d'organisation des corps".
Par ailleurs Aristote distingue entre trois différentes
sortes d'âme l'âme végétative
ou âme des plantes, l'âme nutritive ou âme
des animaux et l'âme rationnelle où âme
humaine. Chacune de ces âmes joue dans son ordre un rôle
final et organisationnel déterminé mais c'est bien
entendu l'âme humaine qui est supérieure aux autres
et qui constitue la clef véritable de l'accès au
bonheur.
Cette théorie de la psychologie est abondamment détaillée
dans le traité d'aristote intitulé De l'âme.
Elle sera complètement reprise et réadaptée
au dogme chrétien par Saint-thomas pour être finalement
combattue par Descartes.
Le dualisme
de l'âme et du corps
La psychologie
dualiste peut revêtir différentes formes et s'appuyer
sur différents concepts métaphysiques. Mais à
l'époque moderne, c'est Descartes qui représente
le mieux ce courant de pensée. En distinguant radicalement
la chose étendue
(la nature et le monde corporel) qui peut être représentée
à l'aide de coordonnées spatiales et la chose
pensante (le moi, le sujet, le cogito) qui ne peut faire l'objet
de représentation géométrique ni de mesure
mathématique, il a posé les bases d'un nouveau dualisme
(fondé au moins en apparence sur l'avancée des sciences
mathématiques et sur les limites qu'il croyait possible
de lui assigner).
Très discutée la psychologie dualiste de Descartes
pose le problème de savoir comment l'interaction entre
l'âme est le corps est encore pensable. En effet, à
partir du moment où les deux substances sont pensées
comme radicalement distinctes la question de savoir comment elles
peuvent agir l'une sur l'autre se pose de façon cruciale.
C'est cette énigme non résolue par Descartes lui-même
que les philosophes post-cartésiens (Leibniz, Spinoza,
Malebranche) essayeront de résoudre en proposant, chacun
à leur manière, une conception originale de l'âme,
du corps et de leurs relations mutuelles.
La psychologie monadique
Leibniz est
le grand et l'unique représentant de la psychologie monadique.
Dans la mesure où il considère que les substances
qui composent le monde sont des monades (des éléments
singuliers uniques) dont le cours est réglé par
la pensée divine, il conclut que l'esprit n'est rien d'autre
qu'une monade et axe toute sa psychologie autour du rapport entre
l'âme et le corps.
L'âme et le corps en tant qu'elles sont des substances séparées
(conformément à ce qu'affirme Descartes à
leur sujet) n'entrent pas véritablement en relation d'interaction
ou d'action réciproque.
Un principe d'origine divine, le principe de l'harmonie préétablie
préside à l'organisation des rapports de ces deux
substances : il coordonne les deux séries de nos mouvements
(spirituels et corporels) sans que ces deux séries
interfèrent l'une avec l'autre.
Autrement dit la série de nos idées ne commande
pas la série des mouvements de notre corps (et réciproquement)
mais la série de nos idées et de nos actions corporelles
se correspondent totalement. C'est ainsi que l'a voulu Dieu. Lorsque
j'ai l'idée de lever le bras et que je le lève,
ce n'est pas mon esprit qui commande à mon corps mais la
série des mouvements de mes idées qui rencontre
celle de mon corps.
Cette théorie très originale et qui paraît
aujourd'hui un peu " farfelue " repose sur une série
de conceptions scientifiques très novatrices pour l'époque
(principe de la conservation de la quantité de mouvement,
théories de l'équilibre en matière dynamique..)
et qui sont loin d'être ridicules.
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