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Le Pluralisme
3.1 La
Définition

Le
pluralisme est la théorie métaphysique selon laquelle
le monde est composé non pas d'une seule substance (monisme)
ni de deux substances (dualisme) mais d'une infinité, d'une
pluralité de substances. Pour le philosophe pluraliste
la structure du monde consiste donc en une agglomération
d'entités séparées les unes des autres, entités
qui se trouvent jointes entre elles par des principes différents
(matériels, spirituels, divins.. ). C'est au niveau de
la détermination du principe qui définit les relations
entre les entités plurielles que se joue,du reste, une
bonne part de l'originalité de chaque conception pluraliste.
3.2 Les diverses formes de pluralisme
Le pluralisme
est une option métaphysique qui de tout temps a séduit
de nombreux philosophes. Elle a l'avantage de correspondre aux
développements actuels de la science qui dans son analyse
des éléments ultimes de la matière tend à
faire émerger l'idée que ces éléments
existent en nombre infinis et que peut-être ils sont indéfiniment
divisibles (cf l'analyse et la découverte des particules
élémentaires).
3.2.1 Le
pluralisme matérialiste
Le pluralisme
se confond tout d'abord dans l'antiquité avec le matérialisme
et notamment avec la philosophie de Démocrite et d'Epicure.
Même s'il est en un sens discutable de qualifier de métaphysique
la position de ces deux auteurs dans la mesure où leur
discours a toujours porté sur la nature, la " phusis
" et aussi du fait que ces deux théoriciens ont vu
leurs analyses corroborées par les développements
de la science au XX ème siècle, il n'en demeure
pas moins que leur position est comme nous allons le voir clairement
pluraliste.
Représentant
de la conception atomiste qui postule que les corps sont composés
de particules indivisibles , éternelles et existant en
nombre infini (les atomes), Epicure voit dans l'univers un
agrégat de corps multiples. L'univers qui ne possède
ni limite ni fin est conçu comme un mélange de matière,
de vide et de mouvement : sa structure infinie et le nombre incommensurable
des particules qui le composent caractérisant la nature
plurielle de ses éléments.
Si le matérialisme peut donc être synonyme de
pluralisme c'est avant tout par la conception concrète
qu'il nous propose du réel et par le fait qu'il refuse
d'identifier la nature à une seule et même entité.
En ce sens même si Epicure pense que tout dans la nature
est matière , on ne peut le qualifier de moniste. Sa conception
de la structure (infinie et dicrète) de la matière
le rapproche bien plutôt des philosophes de la pluralité
et de la multiplicité.
3.2.2 Le
pluralisme monadique
En réaction
à la pensée matérialiste mais aussi à
la pensée empiriste et cartésienne, le philosophe
allemand Leibniz a, au XVII eme siècle, redonné
un nouveau souffle à la pensée pluraliste. Le
pluralisme leibnizien a ceci de différent avec celui d'Epicure
qu'il n'est pas matériel mais spirituel : pour Leibniz
en effet les éléments ultimes qui composent la nature
ne sont pas des particules matérielles mais des points
de force qu'il nomme des monades, substances, sans portes ni fenêtres,
qui se développent selon un plan qui a été
créé par Dieu et dont un principe à la fois
divin et mathématique ( celui de l'harmonie préétablie
) règle le cours.
Ainsi la monade " fleur " et la monade " César
" ne peuvent se comprendre que comme des entités individuelles
séparées les unes des autres et liées entre
elles par un principe mathématico-divin.( celui de l'harmonie
préétablie qui assure la correspondance et le développement
harmonieux entre tous ces éléments). Atomes sprituels
ou individus spirituels, les monades sont les substances qui existent
en nombre infini et qui composent un monde dont toute la cohérence
ne peut être expliquée que par l'intervention d'une
pensée divine mue par la recherche du meilleur et par les
principes de la logique .
3.2.3 Le
pluralisme synthétique
Si Leibniz développe sa conception pluraliste à
partir de la nouvelle physique et notamment du calcul infinitésimal,
le philosophe anglais Whitehead construit au début
du XX eme siècle une métaphysique pluraliste fondée
sur les nouvelles conceptions issues de la physique de la relativité
et du calcul mathématique des tensions.
L'univers est conçu par l'auteur de Procès et
réalité comme une totalité de "nexus"
c'est-à-dire d'ensembles d'éléments synthétiquement
liés les uns aux autres. Loin de chercher une réalité
où un élément ultime qui composerait la matière,
il découvre dans le "nexus" compris comme unité
synthétique d'entités actuelles, les entités
primordiales qui composent l'univers.
Chaque "nexus" entre en relation de " préhension
" avec d'autres "nexus" et c'est ainsi que se forment
les conglomérats d'entités qui composent le monde.
Peut-être est il difficile et peu encourageant de se comprendre
soi-même comme un " nexus " ou un groupe de "
nexus ", mais c'est bien ainsi en tout cas que le métaphysicien
le plus original du début du XX ème siècle
concevait les objets du monde et les êtres qui le composent.
3.3
Récapitulatif sur le pluralisme
Les grands
noms du pluralisme sont nous l'avons vus nombreux et vont toujours
de pair avec une conception physique élaborée :
c'est aussi bien le cas chez Epicure que chez Leibniz et Whitehead.
Néanmoins là aussi c'est la diversité des
formes de pensée qui est la plus étonnante et l'originalité
des points de vue qui surprend le plus le lecteur.
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