1 Le Monisme
1.1 Définition

Le
monisme est une conception métaphysique qui tend à
affirmer et à justifier sur le plan rationnel, l'idée
selon laquelle le monde n'est composé que d'une seule
substance, que cette substance se trouve en toutes choses et même
est toutes choses.
Quelle que soit donc la nature de cette substance qu'elle soit
matérielle (concrète) ou spirituelle (abstraite),
le philosophe moniste suppose donc qu'il n'y a rien d'autre dans
le monde qu'elle et que toute pensée de quelque chose qui
serait extérieure à elle est à exclure.
1.2 Différents
types de monismes
Tous les monismes
n'ont pas le même contenu même s'ils identifient le
tout de la réalité à une substance unique
: il est intéressant de ce point de vue de constater l'évolution
des différentes formes de monismes de l'antiquité
au dix-neuvième siècle.
1.2.1 Le
monisme de l'Etre
Le philosophe
grec Parménide, maître de Zénon d'Elée
et inspirateur de la philosophie de Socrate (on dit de Parménide
en ce sens qu'il est un pré-socratique) a élaboré
sans doute ce qui est l'un des premiers essais de philosophie
moniste. En ce sens on peut dire de Parménide qu'il est
le père du monisme.
Il postule en effet que dans le monde il n'y a rien d'autre
que l'être et que le non-être n'existe pas. En
effet le non-être ne peut pas être puisque par définition
il n'est pas. De même il ne peut rien y avoir rien d'autre
que l'être car sinon l'être serait autre que lui-même
ce qui est contradictoire. Par conséquent il faut reconnaître
qu'il n'est qu'une seule substance et cette substance est l'être.
1.2.2 Le
monisme de la nature-dieu ou le panthéisme naturaliste
Mais le monisme
ne s'incarne pas nécessairement dans une pensée
de l'être ou une ontologie générale comme
c'est le cas chez Parménide. Il peut également se
manifester dans une pensée de la Nature et du monde compris
comme univers infini en tant qu'ils sont identifiés à
Dieu. C'est précisément ce qui se passe dans la
philosophie de Spinoza.
Philosophe du XVII eme siècle, disciple dissident de la
philosophie de Descartes, Spinoza postule
qu' il n'y a qu'une seule substance dans le monde et que cette
substance est Dieu ou la Nature ("deus sive natura").
La Nature comprise comme substance productrice et cause unique
de soi, univers infini et éternel n'a pu être créée
par rien d'autre qu'elle même puisque rien d'autre qu'elle
n'existe. Elle est l'ensemble de toutes les choses qui sont aussi
bien les objets empiriques : les fleurs, les tabourets et les
chaises (que Spinoza nomme les " modes ") que les éléments
qui constituent l'essence de la substance "l'étendue
géométrique" et "la pensée"
(que Spinoza nomme les " attributs " de l'essence).
1.2.3
Le monisme de l'Esprit
Enfin on trouve
chez Hegel, philosophe allemand du dix-neuvième siècle,
les éléments d'une pensée moniste d'un genre
qui diffère de celui des deux auteurs précédemment
cités :le Monisme spirituel ou monisme de l'Esprit.
Dans la perspective hégelienne, en effet, Tout est Esprit.
L'Esprit se retrouve en toute chose et plus profondément
dans tous les processus historiques : il est en devenir au milieu
de tout ce qui est.
Ainsi l'histoire n'est rien d'autre que la matérialisation
de l'Esprit qui se cherche à travers le monde et tente
de mieux se comprendre lui-même. Les hommes jetés
au milieu du processus historique agissent en poursuivant leurs
intérêts, en fonction de leurs passions mais il travaillent
en fait pour la raison universelle et la réalisation de
sa fin ultime : la liberté.
Si l'histoire des hommes est fonction du développement
de l'Esprit ou de la Raison universelle dans le monde, alors toute
l'histoire de l'humanité peut être interprétée
dans le sens d'un progrès : celui de l'idée de liberté
à travers les âges.
C'est pourquoi Hegel, parti d'une représentation moniste
de l'Esprit en vient à élaborer une théorie
de la fin de l'histoire où le tout de l'Esprit se réalise
: L'humanité après avoir subi un type de régime
où un seul homme est libre (l'empereur dans les cités
antiques) puis où quelques hommes seulement sont libres
(les cités grecques dans l'antiquité et la république
romaine) finit par accéder au règne de la liberté(c'est
le moment de la naissance de l'Etat nation au début du
XIX ème siècle).
1.3 Récapitulatif
sur la notion de monisme
L'idée
de monisme qui identifie le tout de la réalité à
une substance unique (en grec le terme " monos "
signifie unique) n'est donc pas enfermée dans une compréhension
close de son propre concept et il est intéressant de constater
qu'à l'intérieur d'une même champ de pensée
philosophique diverses formes théoriques peuvent se déployer.
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