2-
L' Epistémologie des Mathématiques
2.1 La
définition

L'épistémologie
des mathématiques porte essentiellement sur la question
de savoir quels sont les fondement des sciences mathématiques
et quel est l'objet de cette science par rapport aux autres
sciences.
Du point de vue de l'interrogation sur les fondements de cette
science on distingue 4 écoles :
1 l'école empiriste qui voit dans le nombre et les
figures le produit d'une inférence réalisée
à partir de l'observation de la nature.
2 l'école idéaliste qui voit dans les objets
mathématiques des entités existant indépendemment
de l'esprit humain ou au contraire purement constituées
par lui.
3 l'école intuitionniste qui affirme que les progrès
en mathématiques se réalisent en dehors du cadre
de la science logique.
4 l'école logiciste qui affirme que les mathématiques
sont fondées sur la logique c'est à dire peuvent
être ramenées à un certains nombre d'expressions
logiques minimum et dérivées à partir d'elles.
Du point de vue de la nature et de l'objet de cette science deux
grands types de conceptions sont à distinguer :
A celle des philosophes réalistes qui affirment
que les nombres dont parlent les mathématiques sont des
entités réelles qui existent dans un monde idéel
" supérieur".
B celle des philosophes conventionnalistes qui pensent
que les symboles mathématiques ne renvoient à aucune
entité réelle mais sont de simples symboles conventionnels
qui sont liés entre eux par la cohérence ces principes
de déduction et par la rigueur des concepts et des postulats
premiers qui sont au fondement de chaque théorie et qui
ne désignent a priori aucune réalité transcendante
ni extérieure.
2.2.Les diverse formes d'épistémologie des mathématiques
2.2.1 Le
réalisme mathématique
Défendue
dans l'antiquité par Platon puis par Frege et Russell au
XX eme siècle, l'hypothèse réaliste en mathématique
tend à démontrer qu'il existe nécessairement
des entités qui correspondent aux idées que nous
avons des nombres. Elle parvient à cette conclusion
en montrant soit que sans cette hypothèse il n'est pas
possible de rendre compte du nombre des objets réels qui
existent dans le monde (sans idée intelligible du nombre
4 comment pourrions nous dénombrer 4 éléments
dans la réalité : c'est l'argument de Platon) soit
que sans cette hypothèse on contrevient à la définition
de la vérité comprise comme adéquation entre
le jugement et la chose (en effet si aucun objet ne correspond
aux jugements de mathématique comment penser que la proposition
2+2 = 4 puisse être vraie : c'est l'argument de Russell)
2.2.2 l'épistémologie empiriste
Pour les philosophes
empiristes tel que John Stuart Mill, les idées mathématiques
ont nécessairement été induites de l'expérience
(en grec " empeiria " dont dérive le terme empiriste
signifie expérience). En effet si le nombre 1 a pu être
construit c'est suite à l'observation d'un objet unique
dans la nature (un arbre, un tabouret, un éléphant).
Quant à la géométrie elle dérive de
l'art des arpenteurs et du besoin qu'avaient les premiers hommes
de séparer les terrains qui leurs appartenaient afin de
différencier les propriétés de chacun et
de solutionner les problèmes de droit et les conflits inhérents
à ces questions.
CCl : il ne peut y avoir d'autre fondement et d'autre origine
à la mathématique que l'expérience (au sens
où les objets mathématiques sont inférés
de l'expérience).
2.2.3 L'intuitionnisme
mathématique
La théorie
intuitionniste porte sur ce qui est au fondement du raisonnement
mathématique et de son développement : elle entend
montrer que c'est sur l'intuition et non sur la réflexion
analytique que reposent les grands systèmes d'arithmétique
et de géométrie. Elle s'oppose à la conception
purement logique qui tend à affirmer que c'est sur des
principes analytiques purements rationnels et codifiables que
se fonde le progrès de la réflexion mathématique.
Aussi étonnant que cela puisse paraître c'est Kant
qui est le grand représentant de la pensée intuitionniste.
Kant considère, en effet, que les jugements mathématiques
ne sont pas analytiques c'est à dire que le concept de
leur prédicat n'est pas analytiquement conçu dans
celui de leur sujet (ex : le concept du nombre 12 n'est pas contenu
a priori dans la somme de 7 et de 5). Pour le philosophe de Königsberg
les propositions de mathématique sont des jugements synthétiques,
c'est à dire qu'ils se fondent sur une conception implicite
de l'espace (dans le cas de la géométrie) et du
temps (dans le cas de l'arithmétique).
Compter reviendrait donc à faire une synthèse successive
de nombres dans le temps et construire des objets géométriques
à réaliser une synthèse successive de figures
dans l'espace.
Tel est l'idée centrale de la conception intuitionniste
qui veut que la mathématique soit une science qui ait recours
à l'intuition et donc au domaine de la sensibilité
( entendue cependant en son sens abstrait ou " pur a priori
" comme le dirait Kant).
2.2.4 Le
logicisme
Défendue
par Bertrand Russel la théorie logiciste traduit tout
les concepts de mathématique en termes logiques. Elle
affirme que les concepts de mathématique ne sont rien d'autre
que des propositions et des notions traduisibles en termes logiques
et qui peuvent être ramenés à un certain nombre
de définitions et de principes de base à partie
desquels toute théorie de mathématique peut être
déduite
(l' arithmétique comme la géométrie).
Particulièrement complexe et raffinée cette théorie
qui ne séduit plus aujourd'hui que certains philosophes
se réclamant de l'école analytique a au moins le
mérite de clarifier considérablement les notions
communément utilisées en mathématiques.
De ce point de vue et même si l'ouvrage est difficile, il
est passionnant de lire l'Introduction à la philosophie
des mathématiques écrite par Bertrand Russell.
2.2.5 le conventionalisme
Le Mathématicien
David Hilbert est le grand représentant de la pensée
conventionaliste. En défendant l'idée simple
selon laquelle les objets mathématiques ne renvoient à
aucune entité réelle ou transcendante il s'est
clairement opposé à toute représentation
" réaliste " sur le plan métaphysique.
Pour ce grand mathématicien les nombres et les figures
mathématiques ne sont que des symboles ou des signes qui
ne renvoient directement à aucune réalité
sensible ou intelligible (ce sont des termes abstraits liés
entre eux par des principes abstraits).
Très économique sur le plan de la teneur en entités
métaphysiques, la conception conventionaliste rend parfaitement
compte des multiples propriétés des nombres et des
figures de mathématiques. Elle permet d'éviter de
sombrer dans toute une série de problèmes théoriques
qui, s'ils sont passionnants, sont néanmoins difficiles
à résoudre.
2.3 Récapitulatif sur la notion d'épistémologie
des mathématiques
Même
si elle est aride cette discipline permet de pénétrer
en profondeur la pensée des grands philosophes et il est
clair que si l'on ne connaît pas par exemple la doctrine
des mathématiques développée par Platon,
par Kant ou Par Mill, on ne peut prétendre posséder
une connaissance authentique de ces auteurs.
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