Les éthiques
concrètes
La théorie
du " juste milieu "

L'éthique
de la médiété défend l'idée
selon laquelle, la vertu est toujours un milieu entre deux
contraires, l'un par excès l'autre par défaut.
Par exemple, le courage est le juste milieu entre la témérité
(contraire par excès) et la lacheté (contraire par
défaut). De même la libéralité est
un juste milieu entre la prodigalité (contraire par excès)
et l'avarice (contraire par défaut).
Ainsi l'homme juste est celui qui en toute chose sait discerner
la voie moyenne et agir selon la mesure. Il agira " comme
il faut, quand il faut et où il le faut ".
Ethique réaliste et empiriste, la théorie du juste
milieu est élaborée par Aristote dans son
Ethique à Nicomaque. C'est dans cet ouvrage, en
effet, qu'il définit la vertu comme juste milieu entre
deux contraires, l'un par excès l'autre par défaut
et se démarque de son maître Platon qui considérait
que le principe de la vie éthique est à rechercher
non pas dans l'expérience, toujours contingente et aléatoire
mais dans le " monde des idées ".
Remise au goût du jour par Saint-Thomas, qui en un sens
a christianisé la pensée d'Aristote, l'éthique
de la médiété et du compromis est peut-être
celle qui correspond le mieux au point de vue du sens commun.
L'éthique hédoniste
Les théoriciens
de l'hédonisme posent l'identité entre le bonheur
et le plaisir : la recherche du plaisir devant entraîner
nécessairement celle du bonheur. L'éthique hédoniste
qui insiste particulièrement sur l'aspect matériel
et sensuel de nos plaisirs n'est cependant pas une théorie
de la démesure et du désordre des sens. Elle prône
au contraire la nécessité de faire un choix,
un tri sélectif entre ses désirs afin de parvenir
à un état de repos et d'équilibre authentique
(que les grecs appelaient "l'ataraxie " et que nous
appelons pour notre part le bonheur).
Epicure est le grand représentant de la philosophie
hédoniste et matérialiste. Dans sa Lettre à
Ménécée, il expose les principes de son
éthique sensualiste et rationnelle et montre qu'il est
possible de vivre en recherchant le plaisir sans pour autant être
un débauché et un pervers. La distinction qu'il
opère entre désir naturels et désirs non
naturels ainsi qu'entre désirs naturels nécessaires
et désirs naturels non nécessaires est restée
très célèbre.
Violemment combattue par les théologiens et les grandes
figures de la morale ecclésiale, la philosophie hédoniste
a été réprimée et calomniée
pendant tout le moyen-âge (au point qu'il ne nous reste
plus aujourd'hui que quelques fragments de la pensée d'Epicure).
Elle n'est véritablement réapparue en France qu'à
partir du XVIII ème siècle à travers des
philosophes comme La Metttrie.
L'éthique
sensualiste
L'éthique
sensualiste se veut avant tout explicative : elle prétend
rendre compte à l'aide de l'analyse de nos sens du type
de buts que nous poursuivons ainsi que des raisons qui nous font
nous mouvoir. Ainsi ce sont nos sens qui sont considérés
comme les critères de détermination du bien et du
mal. Ce qui apporte satisfaction à nos sens est appelé
" bien " et ce qui déplait à nos sens
est appelé " mal ". L'homme recherche naturellement
la satisfaction de ses sens : il a donc tendance à utiliser
ses désirs et ses plaisirs comme normes de l'action juste.
Très critiquée par les philosophes idéalistes
et religieux, la morale sensualiste tend à se rapprocher
de la morale hédoniste. Locke en angleterre mais
aussi Diderot en France furent au dix-septième et
au dix-huitième siècles les grands représentants
de cette école.
L'éthique
utilitariste
L'utilitarisme
est du point de vue éthique, une théorie qui fonde
ses principes de justice et de recherche du bonheur non pas sur
une norme idéelle (opposition à la philosophie de
Platon et de Kant) mais sur une norme réelle (issue de
l'observation et de l'expérience). Le philosophe utilitariste
affirme que la source de la justice se trouve dans l'accord
avec la somme générale de satisfaction ou utilité
moyenne.Ce qui est juste, en effet, c'est ce qui profite au
plus grand nombre de personnes, ce qui accroit le solde total
de satisfaction pour un groupe ou une communauté donnée.
L'utilitarisme qui n'affirme pas que le bien s'identifie
à l'utile se présente comme une théorie
du bien commun, fondée sur une conception libérale
de la vie communautaire : ce qui est bien et juste ce n'est
pas ce qui est utile à une personne en particulier mais
ce qui est utile au plus grand nombre.
John Stuart Mill est l'une des grandes figures de l'utilitarisme.
Dans L'Utilitarisme il expose le fond de sa conception
éthique et montre en quoi sa démarche se démarque
aussi bien de la morale sensualiste (Locke, Bentham) que de l'éthique
rigoriste de Kant.
Très appréciée dans le monde anglo-saxon,
la philosophie utilitariste a fait peu d'adeptes sur le continent.
Autres pages
Les
éthiques abstraites
Les
éthiques originales
Les
philosophes
La
critique de la morale et de l'éthique
Retour
en haut de page