Les éthiques
abstraites
L'éthique
" scientifique " et métaphysique

Les
penseurs idéalistes qui affirment que l'univers empirique
et objectif n'est que l'image d'un univers idéél
supérieur, composé d'Idées-modèles,
sont peu enclins à considérer que la norme de l'action
juste puisse être trouvée dans l'univers de la sensibilité.
C'est pour eux au contraire dans le domaine de l'idée
pure que se trouve la seule norme à laquelle il soit possible
de se référer lorsque l'on veut bien conduire sa
vie. L'aspect contingent et toujours en mouvement du monde
sensible empêche, en effet, que la conduite humaine puisse
être indexée sur une valeur sure.
Platon est sans doute le premier a avoir su donner à
la pensée idéaliste, un shéma éthique
extrêmement rigoureux. Pour lui le monde des Idées
dont les choses empiriques ne sont que le reflet est gouverné
par une idée supérieure, l'idée de Bien.
Toute la science du philosophe qui tend à contempler
et à connaître les idées les plus hautes s'organise
donc autour de l'idée éthique d'un Bien à
connaître et à poursuivre.
Si à sa manière l'éthique platonicienne est
une éthique scientifique qui repose sur l'usage de la méthode
dialectique de recherche de la vérité, elle est
surtout une éthique de l'idéalité qui trouve
l'essentiel de ses concepts et de ses références
dans un univers séparé. En réaction à
cette philosophie idéelle du Bien, Aristote, le disciple
de Platon, produira une théorie plus concrète de
la recherche du juste qu'il expose dans L' Ethique à
Nicomaque.
L'éthique
de la vertu
Dans la conception
stoïcienne, c'est la vertu et non pas le plaisir
(opposition directe à la philosophie d'Epicure) qui est
le seul moyen de parvenir authentiquement à l'état
de bonheur , " d'ataraxie ", visé par tout
homme.
Pour le philosophe stoïcien il y a d'un côté
ce qui dépend de soi et qui peut être un bien ou
un mal (à l'exemple de nos pensées ou de nos mauvais
désirs) et d'un autre côté ce qui ne dépend
pas de soi et ne peut être ni un bien ni un mal (à
l'exemple de la mort, de la santé, de la richesse ou des
honneurs). Est vertueux et peut parvenir au bonheur celui
qui en toute occasion sait distinguer entre ce qui dépend
de soi et ce qui ne dépend pas de soi. Il trouve en
effet le moyen de ne pas souffrir de ce qui ne dépend pas
de lui (même si cela lui est contraire) car il sait que
cela ne peut être pour lui ni un bien ni un mal.
Très rigoureuse mais aussi fortement déterministe,
la philosophie éthique des stoïciens se caractérise
par sa dimension de contrainte mais aussi de conciliation. Très
populaire à la fin de l'antiquité, elle était
aussi bien partagée par les esclaves (ex : Epictète)
que par les empereurs (ex : Marc Aurèle).
Dans La Critique de la raison pratique (cf dialectique
de la raison pratique), Kant donne un bon exposé de l'opposition
qui existe entre les conceptions épicuriennes et stoïciennes.
Ne manquez pas sa lecture, elle vous permettra de mieux cerner
également la conception kantienne du bonheur.
L'éthique de la rationalité et du devoir
A l'opposé
des théoriciens empiristes ou sensualistes qui considèrent
qu'il est possible de partir de la réflexion sur l'expérience
pour éléver et construire un édifice de pensée
éthique, les philosophes rationalistes considèrent
qu'il faut partir de la raison, comprise comme faculté
de production des idées, pour normer la conduite humaine.
A cet égard leur réflexion se développe autour
de l'idée de liberté car ce n'est que si l'homme
est un être rationnel autonome et par conséquent
qu'il se trouve être libre (au sens de non dépendant
de l'expérience) qu'il est possible de penser une action
morale véritable. Tant qu'il est dépendant soit
des affections de la sensibilité soit d'idées extérieures
transcendantes, il ne peut être absolument libre et son
action ne peut avoir de signification authentiquement morale.
Kant est le premier à avoir développé
une conception universelle de la morale qui fait de l'homme
un être totalement libre et capable de bien agir par le
recours à la seule puissance de sa raison.
Dans La
Critique de la raison pratique il énonce la loi
morale fondée a priori sur la raison "
agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse
toujours valoir en même temps comme principe d'une législation
universelle ". En tant que cette loi constitue le seul
fondement possible pour une action individuelle juste, elle est
la source véritable de l'acte moral, l'expression authentique
du devoir que tout homme doit observer. Enoncée a priori,
c'est à dire indépendemment de l'expérience,
la loi universelle de la raison pratique constitue la norme de
la distinction entre le bien et le mal, le juste et l'injuste.
Celui qui agit toujours en l'ayant à l'esprit agit véritablement
par devoir et se donne ainsi les moyens de parvenir à une
béatitude authentique.
Très critiquée par Hegel, la morale ou l'éthique
kantienne a fait beaucoup pour la fondation d'une morale rigoureuse
et rationnellement fondée. Son influence se fait
sentir encore aujourd'hui à travers les ouvrages de Habermas
ou de John Rawls.
L'éthique
spiritualiste
Fondée
sur l'idée qu'il existe un esprit qui préside à
la réalisation de toute chose en ce monde, l'éthique
spiritualiste se confond le plus souvent avec la morale religieuse.
Le discours moral inspiré par l'Esprit est révélé
à l'individu par l'intermédiaire d'un texte religieux
dont les énoncés s'imposent comme des lois intemporelles
de détermination de la conduite humaine. L'homme pour être
heureux et juste se doit d'obéir aux commandements de l'Esprit
: il doit suivre le chemin que celui-ci a tracé de toute
éternité pour lui en vue de parvenir à la
béatitutde.
Saint-Augustin, Saint-Thomas, et à leur manière
Hegel et Bergson, ont défendu un point de vue spiritualiste
en matière d'éthique. Pour les deux grands docteurs
de l'église, c'est Dieu comme être spirituel qui
doit servir de norme à la conduite humaine. Pour l'auteur
de La Raison dans l'histoire, l'éthique se réalise
véritablement dans l'obéissance à la loi
et à l'Etat qui ne sont rien d'autres que des manifestations
objectives de l'Esprit. Pour Bergson c'est dans la communion avec
la dynamique imprimée par l'élan vital que se trouve
la possibilité de constituer une morale et une religion
véritablement ouvertes (seules sources possible d'accès
à la béatitude).
Fruit de visions originales l'éthique spiritualiste manque
d'expériences concrètes pour illustrer ses thèses
et apparaît souvent comme le produit de rêveries poétiques
: il n'en demeure pas moins intéressant de l'étudier
(en évitant de sombrer dans les aspects mystiques qu'elle
recèle intrinséquement en elle).
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