1 L' esthétique
classique
1.1 Définition
L'esthétique
classique est tournée essentiellement vers l'analyse du
concept de Beau néanmoins tous les philosophes ne s'accordent
pas sur la définition qu'il faur donner à ce concept
ni sur son statut véritable. C'est pourquoi vous verrez
les esthétiques classiques se séparer en fonction
des différents systèmes de philosophie qui les sous-tendent.
1.2
Les différentes formes d'esthétique classique
1.2.1 Le Beau comme Idée transcendante
Platon
a conçu une esthétique originale qui a sans doute
déterminé par la suite le sens de la recherche en
matière de réflexion sur la sensibilité artistique.
Dans L'Hippias majeur il explique que le beau ne peut être
confondu avec une chose belle. Ainsi le beau n'est pas une belle
marmite parce qu'il existe des marmites laides et le beau n'est
pas non plus une belle femme parce qu'il existe des femmes disgraciées.
Dire ce qu'est le beau en son essence ne consiste pas à
énumérer des objets que l'on qualifie de beau.
Le Beau n'est donc pas une chose sensible, c'est une Idée
(qui existe dans le monde des Idées) à laquelle
toute chose belle participe et dont elle tire sa qualité
de beau.
L'esthétique platonicienne est conforme à son système
de pensée. Elle place l'idée de beau dans un monde
transcendant ( situé au-dessus du monde sensible) : le
monde des Idées (qui est le modèle, le paradigme
de tous les beaux objets que l'on peut observer dans l'univers
de la sensibilité). En ce sens le Beau se trouve revêtu
d'une importance considérable : il siège dans le
monde intelligible au côté des Idées deVrai
et de Bien.
Le fait que Platon cite souvent côte à côte,
comme exemple d'Idées intelligibles le Beau , le Vrai et
le Bien explique du reste que l' esthétique ait toujours
eu un rapport avec les questions d'éthique.
1.2.2 Le
Beau comme Idée du sujet
L'esthétique
du sujet élaborée par Emanuel Kant propose
une compréhension de l'idée de Beau radicalement
différente de celle de Platon. Pour Kant en effet le beau
est " l'objet d'une satisfaction désintéressée
". Cela signifie qu'il n'apparaît que lorsque nous
ressentons un accord et un plaisir liés à l'objet
que nous percevons sans que ce soit pour autant des mobiles sensibles
ou des intérérêts conceptuels qui nous déterminent
à le faire.
De plus le Beau est conçu par Kant comme étant le
produit d'un libre jeu entre notre entendement et notre imagination
ce qui signifie que c'est fondamentalement sur les facultés
du sujet que repose l'idée de beau et non pas sur une Idée
ou un concept transcendant (opposition à Platon). Comprendre
le Beau comme un élément de notre faculté
de juger, de la faculté du sujet en tant qu'il est un être
pensant constitue sans doute l'un des plus grands efforts de clarification
de la pensée en matière esthétique. Cette
définition permet de penser le Beau comme élément
subjectif mais non relatif puisque le Beau est ce qui plait "universellement
et sans concept". Elle marque d'une certaine manière
la modernité de la pensée kantienne même si
cette dernière demeure dépendante des conceptions
qui lient la morale et le beau.
En effet, si Kant distingue " la beauté libre "
(en tant qu'elle n'est déterminée par aucun intérêt
ni par aucun concept) et " la beauté adhérente
" (en tant qu'elle est déterminée par un jugement
d'opinion) il continue de privilégier les conceptions morales
(cf Critique de la faculté de juger).
1.2.3 Le
Beau comme concept " immanent "
L'esthétique
hégelienne est organisée également autour
de l'idée de Beau. Mais pour le philosophe de l'Esprit
et de la dialectique, le Beau n'est ni un concept " transcendant
" ni le produit d'une satisfaction liée aux facultés
du " sujet ". Le Beau est un concept à la
fois universel et concret qui a une histoire et se réalise
dans le monde : il se développe en plusieurs étapes
(symbolique, classique, romantique) qui sont autant de périodes
qui rythment le développement de l'histoire de l'art.
Alors que dans la période " symbolique " (qui
correspond à l'art égyptien et aux grandes uvres
architecturales) le Beau ne parvient pas à son expression
authentique, il se réalise authentiquement, selon Hegel,
dans la période " classique " (qui correspond
à l'art grec et aux grandes uvres liées à
la sculpture). Enfin dans la période romantique le Beau
laisse la place à l'expression du sublime (c'est l'époque
de l'art chrètien et des grandes uvres picturales).
L'auteur de L' Esthétique est sans doute celui qui
de tous les philosophes qui ont parlé d'art connaissait
le mieux son histoire. La périodisation qu'il propose pour
comprendre l'évolution de l'Esprit dans l'art et du concept
de Beau à travers les âges ne doit pas du reste être
confondue avec une simple conception de l'histoire de l'art. Sa
dépendance à l'égard de la métaphysique
de l'Esprit et de l'idée dialectique est en effet trop
grande pour que l'on confonde ce point de vue avec l'orientation
objective et scientifique d'historiens de l'art comme Wölfflin,
Gombrich ou Panofsky.
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