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Les anti-psychologies

Définition

Nombreux sont les philosophes qui ont affirmé que la psychologie n'était pas ou ne pouvait pas être une science. Parmi eux on peut dire que les plus grands ont participé à l'évolution de la science psychologique soit que les psychologues aient essayé de répondre aux objections qui leur étaient faites soit que les théories qu'ils ont proposées aient été incorporées au théories psychologiques postérieures. Il est donc d'un intérêt très vif d'essayer de comprendre quels ont été les arguments des penseurs anti-psychologues. Il est particulièrement intéressant également de voir quelles solutions de remplacement à la psychologie ou à la psychanalyse ils ont proposées.
Dans cette perspective nous avons choisi d'exposer les arguments d'Emmanuel Kant, de Karl Popper et de Sartre.

Les différentes formes d'anti-psychologie

Tous les arguments des anti psychologues ne se recoupent pas et ne sont pas énoncés dans la même perspective. Il est donc essentiel de faire la distinction entre la théorie anti psychologique anti dogmatique de Kant, la théorie anti psychologique ontologique de Heidegger, l'anti-psychologisme analytique de Popper et l'anti-psychologisme existentialiste de Sartre.


L'anti psychologisme anti dogmatique

Dans La Critique de la raison pure, dialectique transcendantale, paralogismes de la raison pure, Kant affirme que les idées dogmatiques des métaphysiciens concernant l'âme n(ont pas de sens et que par conséquent toutes les propositions destinées à démontrer son immortalité sont fausses. Il s'oppose par là à toute la tradition spiritualiste et idéaliste qui prétendait pouvoir démontrer rationnellement l'existence en l'homme d'une âme immortelle.
Tous les arguments des philosophes dogmatiques concernant la possibilité de fonder une science de l'âme qui saurait dire exactement quelle est sa nature, ne sont donc que des paralogismes (le produit de réflexions inadéquates de la raison qui disserte sur des objets qu'elle ne saurait observer distinctement).
Si Kant conteste qu'une science objective de l'âme puisse être constituée, il est par ailleurs l'auteur d'une typologie des différentes facultés de l'esprit qui a fait date et qu'aucun psychologue n'a pu par la suite ignorer. Dans La Critique de la raison pure il distingue entre l'intuition (comprise comme faculté de perception des objets dans l'espace et dans le temps), l'entendement (faculté de composition des concepts " scientifiques ") et la raison (faculté de production des idées " métaphysiques " et transcendantes qui dépassent le simple domaine de l'observation). Il faut bien avoir cette distinction à l'esprit lorsqu'on lit La Critique de la raison pure puisque la première partie de l'ouvrage (l'esthétique transcendantale) étudie la faculté de l'intuition, la deuxième (l'analytique transcendantale) étudie celle de l'entendement et la troisième
(la dialectique transcendantale) analyse la faculté de la raison.

L'anti psychologisme phénoménologique

Les philosophes phénoménologues s'intéressent tous de près à la psychologie mais demeurent attachés à l'idée que celle-ci ne parvient pas à exprimer le fond des choses . Pour saisir l'essence des " choses mêmes " il faut utiliser d'autres concepts que ceux de la psychologie et réaliser d'autres expériences mentales que celles qui sont proposées par le psychologue. Ainsi pour Husserll, celui qui veut comprendre ce qu'est la couleur rouge ne peut se contenter d'écouter ce qu'ont à dire les physiciens et les psychologues de la Gestallt. C'est comme " donné primitif " qu'il faut comprendre le rouge. Pour faire cela il faut, toujours selon Husserll, réaliser une analyse éidétique par réduction à l'épochè (on met entre parenthèse le monde pour mieux saisir la couleur rouge dans son essence).
Les analyses phénoménologiques de Hussell ne sont pas faciles à saisir tant est compliquée la langue que cet auteur utilise. Pour bien comprendre en quoi sa pensée se distingue de celle des psychologues nous ne pouvons que conseiller de lire l'ouvrage de Khöler sur la psychologie de la forme en parallèle avec un ouvrage comme Idées directrices pour une phénoménologie de l'esprit. Vous verrez qu'en gros là où le psychologue de la " gestallt " affirme que la forme émerge du monde le phénoménologue affirme que c'est la conscience qui donne un sens au monde et fait émerger la forme en l'isolant des autres formes.
Même si la phénoménologie n'est pas facile d'accès, elle demeure un mouvement de pensée incontournable au vingtième siècle.
La pensée de Husserll a beaucoup influencé celle du philosophe Heidegger, de Merleau-Ponty et de Sartre qui tous entretiennent un rapport critique à la psychologie.

L'antipsychanalyse et la réfutation

Karl Popper se rattache à l 'école de pensée que l'on nomme analytique qui a vu en Russell, Wittgenstein, Carnap et Popper, ses plus grands représentants. Comme nous l'avons vu il est l'auteur d'une théorie épistémologique originale, fondée sur l'idée que ce n'est pas la vérification empirique mais la réfutation empirique qui constitue le critère distinctif d'une science.
Or ce que Popper reproche à la psychanalyse, à Freud et à Adler, par exemple, c'est d'avoir élaboré des théories qui ne sont pas réfutables. Le psychanalyste freudien est toujours capable grâce à son appareil d'interprétation théorétique de justifier le bien fondé de son analyse et ce malgré les éléments d'opposition qui lui sont présentés.
L'impossibilité de réfuter sérieusement un énoncé ou une théorie psychanalytique, mais aussi de choisir entre deux interprétations psychanalytiques contradictoires, serait l'indice de ce que la psychanalyse n'est pas une science et ne le sera sans doute jamais.
Pourtant nous nous sentons dans l'obligation de faire quelques remarques 1 les théories psychanalytiques reposent sur des analyses concrètes nombreuses (par conséquent si l'on continue de reconnaître comme le fait Carnap le critère de la vérification comme critère de la science, la psychanalyse demeure une science). 2 dans le cadre de la pratique psychanalytique le travail du médecin consiste moins à chercher à appliquer dogmatiquement telle ou telle conception d'auteur ( jungienne, freudienne, adlerienne ou reichienne) qu'à chercher à les combiner pour concevoir avec précision les problèmes et les solutions à apporter au patient.
3 les psychanalystes se réfutent entre eux sur la base d'arguments concrets et empiriques, leur pensée progresse, à l'égal de toute science, par " conjecture et réfutation ".
Ces différentes remarques ne doivent pas vous empêcher de lire au moins deux des grands ouvrages de Popper La Logique de la découverte scientifique et Conjecture et Réfutation .

L'antipsychanalyse et l'existentialisme

Sartre a toujours cherché dans le cadre de sa réflexion phénoméno-ontologique à dépasser le point de vue psychologique simple. Dans Esquisse d'une théorie des émotions il s'oppose aussi bien à la définition introspectionniste de l'émotion (comme état de conscience interne) qu'à la définition " comportementaliste " (qui comprend l'émotion comme une réponse déterminée à un stimulus déterminé). L'émotion est comprise par Sartre comme un acte de refus du monde, un "acte magique". Ainsi l'homme qui prend peur et qui s'évanouit agit de la sorte pour ne pas affronter la loi du monde, il se réfugie dans l'évanouissement. Tout se passe comme si une telle attitude pouvait résoudre magiquement le problème auquel l'individu se trouve confronté. Une émotion est donc toujours le produit d'une activité déterminée de la conscience en tant qu'elle cherche à agir sur le monde (quel que soit par ailleurs le résultat de cette action).
Du fait qu'il tenait à conserver le postulat philosophique de la liberté absolue de l'activité de conscience, Sartre a également critiqué l'idée psychanalytique de l'inconscient. Dans L'Etre et le Néant, il explique que la névrose n'est pas le produit de contradictions entre le conscient et l'inconscient mais entre la conscience et elle même (dans la mesure où elle refuse de se reconnaître telle qu'elle est). Ce ne serait donc pas le retour du refoulé qui serait créateur de la névrose mais la " mauvaise foi " de la conscience de l'individu qui refuse de se reconnaître tel qu'il est. Très originale et non dénuée de perspicacité la théorie sartrienne de la " mauvaise foi " a le mérite de ne pas se contenter de critiquer la psychanalyse mais de proposer également un nouveau mode d'explication de la névrose et des troubles du comportement.
Ne manquez pas de lire les grands ouvrages de Sartre portant sur les questions de phénoménologie et de psychologie : Esquisse d'une théorie des émotions, L'Imagination, L'Imaginaire, L'Etre et le Néant.

Récapitulatif
Si tous les arguments des philosophes anti-psychologues ne sont pas d'égale valeur et si certains sont d'un autre temps (ex : ceux de Kant qui s'oppose aux psycho-philosophies anciennes), il n'en demeure pas moins passionnant de se confronter aux arguments et aux réponses nouvelles apportées par chacun d'eux (ne serait - ce qu'au sens où cela nous oblige à porter un regard critique sur la psychanalyse et nous préserve de certaines interprétations dogmatiques.


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