3.3 La
Critique de la politique
Peu de philosophes
se désintéressent véritablement de la politique
mais il est possible de citer au moins deux écoles qui
ont pris leur distance avec elle : 1 l'école matérialiste
d'Epicure, 2 l'école sceptique qui n'aborde pratiquement
pas le sujet politique.

3.3.1
L'apolitisme épicurien
Epicure semble
s'être considérablement défié de toute
forme de participation à la vie publique. Soldat engagé
dans l'armée grecque contre l'envahisseur macédonien,
Epicure a vécu en direct la défaite de son pays
et s'est trouvé obligé de fuir. Il aura tiré
comme conséquence de son histoire personnelle qu'il vaut
mieux éviter de se lancer dans l'aventure politique tant
il est vrai qu'elle est aléatoire et s'avère souvent
dangereuse.
Sa maxime principale " Tiens toi à l'écart
de la place publique " (late biosas en grec) reflète
tout à fait le point de vue de prudence qu'il avait adopté
à l'égard de l'activité menée au coeur
de la cité.
Si cette position peut séduire il faut reconnaître
en même temps qu'elle n'est pas toujours tenable et ce particulièrement
dans les moments de crise politique où l'histoire oblige
les hommes à choisir leur camp.
3.3.2 L'apolitisme
sceptique
Les philosophes
sceptiques sont généralement hostiles à toute
forme d'engagement dans le domaine politique. Ils témoignent
d'une indifférence qui est censée leur permettre
d'accéder à l'ataraxie, au bonheur véritable.
Il faut pourtant reconnaître que cette attitude tombe sous
le coup de plusieurs types de critique : a-la critique sartrienne
qui montre que lorsque l'on croit ne pas s'engager on s'engage
encore b-la critique marxiste qui dénonce l'attitude petite
bourgeoise de celui qui se déclare sceptique c-la critique
historique qui fait le reproche au sceptique de n'avoir pas cru
en la politique alors qu'il importait d'agir.
3.3.3 L'apolitisme
cynique
Le philosophe
cynique prétend ne pas s'engager en politique parce que
la victoire dans ce domaine appartiendrait toujours aux personnes
qui sont les plus puissantes. Lorsqu'il donne son avis c'est donc
pour louer en toute connaissance de cause les "dominants".
Très prisée par tous ceux qui prétendent
connaître les choses du monde et avoir le sens de la réalité,
la théorie cynique n'achoppe que sur un seul fait : l'histoire
ne cesse de nous donner des exemples de forces numériquement
faibles qui ont par d'autres moyens (idéologiques, politiques,
stratégiques) remporté des victoires décisives.
3.3.4 L'apolitisme
fataliste
Nombreuses
sont les personnes qui ont l'impression que dans le domaine de
la gestion des affaires publiques " tout est joué
d'avance " et qu'il n'y a absolument rien à faire.
Résignées elles choisissent alors de " rentrer
dans le rang " et se désintéressent absolument
de la politique. Cette attitude profite grandement à ceux
qui font de la politique en assurant la réalisation d'intérêts
économiques dominants. Sur le long terme elle peut se révéler
de plus très négative, notamment parce que l'on
vérifie sur le plan historique que, dans les situations
de crise, tout le monde se trouve concerné par la politique.
De plus en vertu du principe qui veut que lorsque les membres
d'une société témoignent peu d'intérêt
à la politique ils voient leur sphère de liberté
se réduire de plus en plus, il apparaît clairement
qu'il n'est pas conseillé de se désintéresser
absolument de la vie publique.
3.3.5 L'apolitisme
fasciste
Dernière
figure de l'apolitisme et sans doute la plus terrible et la plus
dangereuse, l'apolitisme d'extrême droite s'appuie sur l'argumentation
de la corruption généralisée des hommes politiques.
Au nom de " tous pourris " la philosophie d'extrême
droite prétend régénérer la société,
l'assainir et la purifier de la gangrène judéo maçonique
etc
Il faut bien prendre garde de dépister derrière
toutes les réthoriques de la pureté et autres volontés
d'assainir la société l'idéologie fascisante
et toutes ses formes dérivées. Il faut faire attention
à ne pas sombrer non plus sur le plan de l'analyse politique
dans les " y a cas " et autres formules populistes simplifiantes
qui conduisent à des analyses éronnées et
des attitudes qui ne le sont pas moins. Combien d'hommes se sont
engagés aux côtés des fascistes sous prétexte
qu'ils trouvaient la république corrompue et se trouvaient
séduits par les discours d'épuration : la deuxième
guerre mondiale en donne un bon exemple.
3.3.5 Récapitulatif
sur la notion d'apolitisme
Attitude de
repli sur soi, l'apolitisme se révèle rarement être
la solution adéquate aux problèmes posés
par la société et par l'histoire. Dans la mesure
où les hommes vivent au milieu des autres hommes ils ne
peuvent faire comme si les affaires politiques ne les concernaient
pas.
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