HERACLITEA.COM

METAPHYSIQUE
EPISTEMOLOGIE
POLITIQUE
ETHIQUE
ESTHETIQUE
SOCIOLOGIE
PSYCHOLOGIE

4.3 La critique de l'éthique et de la morale

L'éthique (qui peut être distinguée de la morale au sens où elle serait une théorie rationnelle de la conduite de la vie individuelle tandis que la morale représenterait la dimension collective, sociale, de la détermination du comportement humain), se trouve cependant tout aussi critiquée qu'elle. Si l'on est tenté de penser tout d'abord que les critiques antimoralistes portent essentiellement sur l'aspect répressif de la morale, le détail des analyses suivantes dévoilera le caractère très diversifié de cette critique.

4.3.1 La critique sadienne

Il est de bon ton de refuser de reconnaître au marquis de Sade le moindre talent littéraire et de lui refuser également le nom de philosophe mais à notre connaissance il est le seul penseur à développer un matérialisme totalement amoral (ce qui devrait réjouir les hommes qui prétendent que l'on ne peut être matérialiste et avoir une éthique). Ce point constitue une originalité suffisante sur le plan théorique pour qu'il soit considéré comme l'un des grands penseurs de l'antimorale.
Dans Justine ou les malheurs de la vertu il représente au travers du discours du personnage du Marquis de une vision du monde assez originale. Considérant que le monde n'est que matière et qu'il ne représente qu'une somme d'événements naturels il refuse d'appliquer la moindre valeur aux différents moments de l'existence humaine. Ainsi les crimes de sang que nous qualifions de mauvais sont-ils du point de vue sadien absolument sans valeur et le simple fait de les qualifier négativement constitue selon lui un non-sens. En effet un crime n'est jamais qu'un événement du monde, un fait de la nature et comme les faits n'ont pas de valeur…
De plus Sade considère que la morale conduit à produire le contraire de ce qu'elle énonce. C'est cette thèse qu'illustre à elle seule le personnage de Justine puisque cette dernière subit d'autant plus de malheurs et de sévices sexuels qu'elle se refuse à mal agir et veut en toutes choses suivre les voies de la vertu…
L' amoralisme comme produit de la morale...une inversion dialectique qui n'est pas inintéressante (surtout si l'on prend le temps de regarder l'histoire des crimes perpétrés au nom de la morale et de l'exigence de pureté religieuse).


4.3.2 La critique objective

C'est parce qu'il juge que la morale est trop entachée de subjectivisme que Hegel dans Les Principes de la philosophie du droit critique la morale et plus particulièrement la morale kantienne du devoir qu'il décrit comme purement formelle et sans contenu. Même si Hegel reconnaît à la morale une importance certaine il lui accorde un rôle secondaire par rapport aux exigences objectives de ce qu'il nomme la " vie éthique " et qui correspond en fait à la vie sociale, économique et politique.
C'est donc la morale d'Etat objective, celle de la loi, que Hegel privilégie par rapport à la morale subjective qu' est censée imposer la raison pratique. Il préfère la rationalité objective et déterminante de la loi politique à la subjectivité et la relativité de la loi morale du sujet kantien.
Même si elle n'est pas très juste à l'égard de la morale kantienne (puisqu'elle confond volontairement subjectif et relatif), la critique hégélienne de la morale a fait date dans l'histoire de la philosophie.


4.3.3 La critique politique de l'hypocrisie morale

Marx et Engels ont critiqué avec beaucoup de virulence les paravents de la morale et de l'éthique individuelle. Ils ont dénoncé l'usage de la morale que font certaines personnes qui vont se recueillir dans toutes les églises du monde mais ne témoignent aucun intérêt pour la souffrance des hommes qui les entourent. Ils ont refusé que l'on puisse se réclamer de la morale alors que l'on ne témoignait que mépris et indifférence à l'égard des pauvres et des prolétaires. Ils ont stigmatisé l'hypocrisie d'un système qui proclame que tous les hommes sont frères mais qui ne parvient pas à les unifier véritablement. Ils ont choisi l'éthique révolutionnaire et l'engagement politique plutôt qu'une morale bourgeoise mensongère.
En dévoilant le caractère idéologique de la morale c'est-à-dire sa fonction de répression et de maintien de l'ordre, Marx et Engels ont par ailleurs enlevé beaucoup de ses lettres de noblesse à un genre de pensée qui se prévalait d'une bonne conscience et d'une authenticité prétendument indiscutables. La morale bourgeoise, définie comme élément appartenant à la superstructure de la société capitaliste et justification de l'ordre, apparaît en effet sous un jour plutôt sombre.

4.3.4 La critique vitale de la morale

C'est parce qu'elle symbolise, pour Nietzsche, la victoire des forces réactives, des faibles et des dégénérés sur les forces actives, que l'auteur du Gai savoir dénonce la morale comme le produit du nihilisme et de la volonté de vengeance. Reconstituant l'histoire de la morale et de la religion dans sa Généalogie de la morale le " philosophe au marteau " présente ces deux modes de la réflexion comme l'expression même de la haine de tout ce qui est vivant. C'est parce qu'ils sont anémiés que les moralistes (qui se confondent souvent avec les métaphysiciens) ont opéré une gigantesque transmutation des valeurs : ils ont fait du " bon " qui était synonyme de " force " un " mal " et ils ont transformé tout ce qui était " mauvais " et synonyme de " faiblesse " en" bien ".
Les juifs sont censés être à l'origine de cette transmutation des valeurs (transformation du bon en mal et du mauvais en bien). Ils sont tenus avec les chrétiens pour les grands responsables de l'histoire de la répression de l'instinct de vie et de la volonté de puissance qui se manifeste dans le monde. Ils sont l'expression du ressentiment des faibles à l'égard des forts.
Tout l'appareil moral s' est de plus développé sur la base de la torture et de la cruauté (par le spectacle des exécutions, des pendaisons etc..). Il n'y aurait rien de moral au fondement de la morale.
C'est pourquoi Nietzsche appelle de ses vœux l'apparition d'une nouvelle race d'hommes, libérée de toutes les anciennes valeurs inhibitrices, les " surhommes " qui sont censés écrire les nouvelles tables de la loi.
Inutile d'insister sur l'extraordinaire ambiguïté de ces analyses même si toutes ne sont pas inintéressantes.

4.3.5 La critique logique de l'éthique

C'est au début du vingtième siècle que le logicien et philosophe Wittgenstein a exposé un système qui propose cette fois-ci non pas de faire seulement la critique de la morale mais aussi de l'éthique.
Pour Wittgenstein en effet toutes les propositions de logique sont des propositions tautologiques (cela signifie qu'elles ne renvoient à rien d'autre qu'à elles-mêmes, elles ne désignent rien d'extérieur sur le plan empirique). Or les propositions d'éthique ne sont pas non plus autre chose que des propositions de logique.
Tout comme ces dernières elles peuvent être ramenées à des représentations formelles (remplacées par des variables propositionnelles liées à l'aide de connecteurs logique) et exprimées à l'aide de tableaux de vérité. De plus elles possèdent tout comme les propositions de logique des catégories (le Bien, le Mal) qui peuvent s'apparenter aux valeurs de vérité que sont le vrai et le faux dans les énoncés de logique formelle.
Les énoncés de l'éthique n'ont donc pas de sens ils sont purement autodésignatifs et ne parlent que d'eux-mêmes.
Issue d'une compréhension particulière de la logique comme système de propositions tautologiques, la critique wittgensteinienne de l'éthique conduit à une conclusion dont il faut bien saisir la signification profonde : l'auteur du Tractatus ne dit pas que l'éthique profère des non-sens, des énoncés contradictoires mais qu'elle est dénuée de sens parce que sur le fond elle ne désigne pas d'objet extérieur mais se contente tout comme la logique, les mathématiques et l'esthétique de s'autodésigner .
L'éthique ne dit rien au sens fort de "dire" comme "désigner objectivement les choses", elle ne parle que d'elle-même et des valeurs qu'elle a déjà posées a priori.

Autres pages
Les philosophes
les éthiques concrètes
les éthiques abstraites
les éthiques originales

Retour en haut de page