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4 L' Epistémologie de la Biologie

4-1 Définition

La biologie est la science du vivant de son évolution et de ses mutations.

L'épistémologie de la biologie s'intéresse plus particulièrement aux différentes écoles qui se sont succédé du point de vue de la conception du vivant.Elle développe des considérations profondes sur l'usage de la méthode expérimentale dans les sciences de la nature ainsi que sur les possibilités d'exportation des modèles d'organisation des sociétés animales aux sociétés humaines.

4-2 Différentes conceptions de la vie

4-2-1 Le finalisme

Première grande conception du vivant et de l'organisation de la nature, le finalisme est l'idée selon laquelle les êtres vivants tendent vers une fin, un but, un objectif, qui leur est assigné par la nature elle-même et auquel il est impossible de déroger. Aristote est le grand théoricien de la conception finaliste de la nature et des êtres vivants. Pour lui le hasard n'existe pas dans les phénomènes naturels car ceux-ci tendent tous naturellement, vers une fin qui est inscrite en eux. Ainsi c'est parce que l'animal a pour fin de manger (c'est son but) qu'il a des dents et ce n'est pas parce qu'il a des dents qu'il mange. De même c'est parce que les plantes ont pour but de prendre de l'eau dans la terre qu'elle ont des racines et non pas parce qu'elles ont des racines qu'elles puisent de l'eau dans la terre.
A tout être dans la nature correspond une " cause finale ", un principe directeur qui est en même temps un but naturel et c'est ce principe que l'homme qui s'intéresse à la science du vivant ("bios logos" en grec) doit suivre.
Très critiquée et aujourd'hui dépassée cette première théorie du vivant aura au moins eu pour mérite de donner une cohérence à la conception des phénomènes de la nature qui avant elle demeurait vague voire inexistante.

4-2-2 Le Mécanisme

Radicalement opposée à la théorie finaliste, la conception mécaniste pose que les êtres de la nature sont comparables à des machines. Pour le philosophe mécaniste l'idée de " cause finale " développée par Aristote est non valide. Seuls les rapports de causalité mécaniques peuvent rendre compte du développement des êtres vivants. Ce n'est donc pas parce que l'homme a pour but de manger qu'il a des dents ni parce qu'il est destiné à attraper qu'il possède des mains mais c'est parce qu'il a des dents qu'il mange et parce qu'il a des mains qu'il peut saisir et attraper les objets qui l'entourent.
Descartes est le père de la biologie mécaniste conçue en terme de rapports de causalité efficiente. Pour lui les animaux sont de simples machines, des systèmes de causalité efficient et non pas des êtres mus par une cause finale. Leur structure est comparable à celle des poulies et autres leviers qui composent les machines : leur agencement est descriptible de manière purement physique, sans qu'il soit nécessaire de supposer de principe intelligible supérieur.
Déterminante du point de vue du progrès des sciences cette théorie a séduit tous les philosophes qui s'opposaient à l'enseignement du dogme aristotélicien dans les écoles du moyen-âge.

4-2-3 L'Evolutionnisme et le Transformisme

Les théories de l'évolution, si elles n'entrent pas en contradiction avec le mécanisme, donnent cependant à la biologie une dimension supplémentaire. Elles introduisent les notions de temps et d'histoire dans l'étude des êtres vivants. Elles rompent aussi bien avec les théories finalistes qu'avec les théories fixistes. Elles inaugurent une conception matérielle et dynamique du vivant.
Le transformisme est l'une des premières théories scientifiques de l'évolution de la vie mais, selon elle, cette évolution s'est opérée sous l'influence du seul milieu extérieur (ex : c'est parce que les girafes devaient attraper les feuilles en hauteur, qu 'elles ont développé le caractère "avoir un long cou"). Lamarck est sur le plan scientifique le grand représentant de cette école mais c'est sans aucun doute Schopenhauer qui dans La Volonté dans la nature lui donné sa dimension la plus profonde. Le transformisme qui affirme que les caractères héréditaires sont acquis et non pas innés n'a pas résisté au développement de la biologie moderne et s'est trouvé dépassé au dix-neuvième siècle par la théorie évolutionniste.
Elaborée dans sa version scientifique au dix-neuvième siècle par Charles Darwin, l'évolutionnisme est la théorie qui affirme que les vivants ont une histoire qui peut être décrite à partir des concepts d'adaptation, de mutation et de lutte pour la vie ( le fameux " struggle for life "). Ayant constaté d'une part que dans un milieu environnemental donné le développement des ressources nutritives se fait de manière " arithmétique " alors que le développement des groupes de population, des espèces, se fait de manière " géométrique " et ayant remarqué d'autre part un total équilibre dans les écosystèmes étudiés ainsi que la non prolifération de certaines espèces qui auraient pourtant du se multiplier de façon croissante, Darwin a émis l'hypothèse selon laquelle, il existe un mécanisme régulateur dans la nature qu'il nomme " la lutte pour la vie ".
C'est la lutte pour la vie et le " combat entre les espèces " qui en résulte qui rend raison de l'équilibre d'un écosystème et permet à différents groupes de population de survivre dans un même lieu géographique sans que les ressources nutritives viennent à manquer.
Seules survivent de plus selon Darwin les espèces qui ont un potentiel d'adaptation important que les hasards des mutations viennent enrichir.
Les découvertes de la génétique au début du xx ème siècle ont permis de confirmer les vues de Darwin. C'est grâce à elles que l'on a pu voir comment s'inscrivait matériellement le potentiel d'adaptation dont une espèce est dotée et comment surviennent différentes mutations à l'intérieur d'une même espèce sous l'effet de la pression de la sélection (ces différentes mutations au niveau individuel donnant lieu à l'apparition de nouvelles espèces et permettant la continuation du processus de la vie).


4-2-4 Le Vitalisme

En réaction aux progrès de l'analyse scientifique mécaniste , s'est développée au dix-neuvième siècle une théorie spiritualiste du vivant qui prétend aussi bien dépasser les limites du finalisme que celles du mécanisme. Il s'agit de la théorie vitaliste qui postule que les phénomènes vivants sont dans la nature des phénomènes d'un type particulier, non soumis aux lois de la physique et qui se développe en fonction de règles qui leur sont propres. La vie serait en ce sens une sorte de flux spirituel, comparable à celui de la conscience, qu'il serait impossible de ramener à quelque équation de physique que ce soit.
Henri Bergson dans un ouvrage intitulé L'Evolution créatrice a considérablement développé cette idée en construisant le concept d'élan vital. La vie serait le produit de la diffraction dans la nature d'une force non quantifiable, l'élan vital, qui donnerait lieu à la naissance des différentes espèces existantes. Comparable en tous points au phénomène de conscience dont, selon Bergson, aucune analyse quantifiable n'est possible, l'élan vital serait une manifestation de Dieu en tant que celui-ci est un être qualitativement autre et qui manifeste sa spiritualité de façon immanente dans le monde.

4-2-5 Le Réductionnisme

Théorie dont le programme est aujourd'hui en passe de se réaliser, la conception réductionniste proclame qu'il est possible de réduire les lois de la biologie aux lois de la chimie et les lois de la chimie aux lois de la physique. Cette option dont le caractère matérialiste et physicaliste est clairement affirmé, s'oppose directement au vitalisme et compte un grand nombre de réussites scientifiques parmi lesquelles figurent toutes les découvertes récentes (biochimie, biologie moléculaire, physiologie , neurobiologie, neurophysiologie..).
Aujourd'hui la plupart des scientifiques sont réductionnistes et attendent simplement que leur paradigme se trouve renforcé par un nombre d'expériences plus grand encore que celui qu'il possède déjà.

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